jeudi 16 mars 2017

Comment j’ai découvert l’amour




Tu te souviens de tes sept ans ? Moi, j’avoue qu’avec l’âge j’en suis à avoir des difficultés pour me rappeler de ce qui s’est passé hier alors tu vois…

Pourtant, quand j’avais sept ans, il y a une chose qui m’a marqué.

Il faut imaginer le jeune garçon que j’étais alors, portant des sous-pulls en tergal et des pantalons en velours côtelé. J’étais plutôt replet, pas très grand, mais pas de quoi non plus crier au scandale – l’âge ingrat de l’adolescence s’en chargerait bien assez tôt.

J’avais à cet âge-là les mêmes rêves que tous les garçons : devenir policier ou astronautes, avoir de nouveaux Playmobil et reprendre du dessert. Et aussi avoir un chien. Mes parents m’avaient comblé puisque nous en avions un. Un colley (Lassie était à la mode à cette époque) qu’on avait baptisé Némo (le stupide Disney écœurant de couleurs criardes n’étant même pas à l’état d’embryon dans la tête de son créateur, il faut plutôt y voir une référence au capitaine de Jules Verne).

Ce chien et moi, nous étions inséparables. Chaque matin, j’étais triste de le quitter et chaque soir, à mon retour de l’école, heureux de le retrouver. Si j’en crois sa joie quand j’ouvrais la porte, ce bonheur était pleinement partagé.

Némo, donc, avait toute sa place dans ma vie.

Mais Némo restait un chien, avec son instinct de mâle, et cela on ne me l’avait pas expliqué. Némo, donc, cherchait à cavaler à la moindre occasion. Et Némo réussit un jour à se faire la malle, ayant trouvé une faille dans la clôture du jardin.

Tu peux imaginer la tristesse d’un enfant qui se retrouve privé de son animal-frère (si tu ne peux pas, imagine un seul instant qu’on te prive de ta PS4 ou de ton sac à main favori). Les paroles rassurantes de mes parents laissèrent, au fil des jours, la place à la résignation. Némo ne reviendrait sans doute jamais plus – j’apprenais l’absence, le deuil et le chagrin pour de vrai.

Quelques jours plus tard, et de cela je pense m’en souvenir toute ma vie, je sortais de l’école en chahutant sûrement comme le font tous les garçons à cet âge. Et alors que se dispersait la volée de moineaux que nous étions, je l’ai vu. Il était là, assis sur le trottoir, à quelques mètres du portail de l’école. Mon chien. Mon Némo. Cette brave bête qui avait disparu plus d’une semaine avait décidé de réapparaître au meilleur endroit et au meilleur moment : devant mon école à l’heure de la sortie. Par quel instinct animal ? Impossible à savoir et peu importe tant la joie qui s’est abattue sur moi à cet instant-là continue encore aujourd’hui à vivre en moi.

Nous sommes rentrés ensemble en partageant mon goûter et la saveur d’une vie que je croyais redevenue belle.

Peu après, mes parents ont donné Némo à une famille avec un grand jardin à la campagne dans laquelle « il sera plus heureux » m’avait-on expliqué, alors que je n’y comprenais rien et que, derrière mes larmes, le monde disparaissait.

Cette même année, ma mère a trouvé dans l’un de mes pantalons en velours côtelé le premier mot doux de ma vie qui m’ait été adressé. Je l’avais reçu de la plus jolie fille que j’avais jamais rencontrée, Katell, grâce à qui j’avais pour la première fois découvert l’amour…












jeudi 2 mars 2017

Numéro CIS



L’autre jour, j’ai écrit un billet dans lequel je disais combien j’avais trouvé dégueulasse la façon dont une youtubeuse s’en était pris plein la figure pour avoir dénoncé le comportement d’un technicien d’un grand opérateur de téléphonie.

Ce n’était pas la première fois que j’écrivais pour défendre la dignité des femmes (Même si elles ne m’ont jamais rien demandé et qu’elles sont capables de le faire seules. Mais je crois bêtement que plus on est nombreux à se mobiliser pour une cause, plus celle-ci à de chances de l’emporter.). Et je ne regrette absolument pas ces billets ni mon positionnement dans l’affaire Buffy Mars, car on ne traite personne comme elle l’a été.


[mode homme sot cis : on]

Depuis, ladite youtubeuse s’est muée en "SORCIERE ROUGE" (c'est son nouveau @) et a jeté un nouveau pavé dans la mare de Twitter. Elle a demandé aux hommes de bien la fermer le 8 mars afin de laisser aux seules femmes le droit de parler de leurs droits. J’ai été choqué et elle a recommencé à s’en prendre plein la figure de la part d’hommes (évidemment) et aussi de femmes qui, bien que tout aussi fières de leurs droits et de leur sexe, n’estiment pas nécessaire de condamner la moitié de l’humanité au silence pour faire entendre leurs voix et je les en remercie.

Elle a bien sûr utilisé cette nouvelle tempête de déjections de taureau pour démontrer son propos : les hommes ne savent pas respecter les femmes et les femmes qui les défendent leur sont implicitement inféodées.

Dans la foulée, je l’ai lue soutenir les propos d’une journaliste s'insurgeant contre les pères qui, en narrant l'accouchement, confisqueraient ainsi ce moment aux mères femmes.

Je tiens d’abord à dire que, de mon point de vue, raconter cet épisode sur un réseau social me paraît indécent. On touche à l’intime et je considère qu’il faut l’entourer de pudeur. Pour autant, venir affirmer qu’un accouchement est réservé à la femme/mère parce que l’homme/père n’en est qu’un acteur indirect est à mon avis révélateur d’une abyssale stupidité.

Alors oui, évidemment, on me rétorquera que l’homme n’a fait qu’éjaculer dans le vagin de la femme et que, techniquement, la femme pourrait très bien se passer de cette épreuve dégoûtante pour choisir une autre technique d’insémination. Mais quelle tristesse d’en arriver là. On réduit la richesse du contact entre deux êtres à une froide technique médicale.

Alors, oui, évidemment, on me rétorquera que l’homme ne subit aucun des changements hormonaux et anatomiques que la femme encaisse, sans compter l'épreuve physique et morale de l'accouchement. Faire ce genre de reproche, n’est-ce pas implicitement imaginer pouvoir délocaliser la gestation dans un incubateur froid où l’enfant à venir serait privé de tout stimulus émotionnel ?

Et puis, comment venir reprocher aux hommes d’être des pères distants si, justement, au moment de l’accouchement on leur interdit leur présence et/ou les sentiments et/ou la manifestation de ceux-ci ?

Il me vient une dernière chose à l’esprit. Certains accouchements ne se passent pas bien. La femme doit être prise en charge chirurgicalement. Pour la sauver. Pour sauver son enfant. Le père reste seul. Seul conscient de la gravité de ce qui se trame. Seul avec ses angoisses. Seul avec des larmes. Seul à pouvoir témoigner. Seul pour prendre en charge l’enfant qui vient de naître et créer immédiatement un lien indéfectible avec lui. Un lien certainement déplacé, honni puisqu’il n’est pas le lien maternel. Mais ce lien, chère youtubeuse, ce lien, chère journaliste, il est la meilleure gifle qui puisse être infligé à votre bêtise…





mercredi 1 mars 2017

On ne va pas en faire tout un flan !



Je reviens de Lisbonne.

En bon touriste que je suis, je me suis frotté à l'inconnu d'une ville inconnue dans un pays inconnu dont je ne connais pas la langue à la patine rassurante des clichés lus, vus, entendus et présentés à longueur de guides, blogs et témoignages :
Allez ici. Voir ça. Ne pas louper ceci. Goûter Absolument cela. Faire ceci tel jour. Choisir de faire ça tel autre.

Programme, adresses, notes, plans... j'avais préparé mon séjour – je n'aime ni les mauvaises surprises ni être pris au dépourvu.

Et j’avais quelques principes gastronomiques bien ancrés en tête :
  • Goûter à la morue : ok
  • Me faire péter la panse de poulpes grillés : OK !
  • Manger de la charcuterie : ok !
  • Boire du vinho verde : pas ok (du vin au verre, oui, mais du vin vert, non !)
  • ET SURTOUT ME RÉGALER DE PASTEIS DE NATA !

Premier matin, au petit-déjeuner de l'hôtel : Oh... des PASTEIS DE NATA ! Prends ! Prends ! Prends ! Ajoute de la cannelle en poudre ! Goûte ! Mange ! Avale ! Et quoi ? Ben... C’est bof bof quoi. Mais ce ne sont pas les VRAIS !

Premier midi : Oh ! Des PASTEIS DE NATA ! Le resto était bon, ses pasteis le sont certainement. Commande ! Goûte ! Avale !... Ok, Pas de quoi se "taper les fesses par terre", mais ce n’était pas les VRAIS !

Balade à Belém, Le Royaume Universel des Véritables Pasteis de Bélem qui sont le caviar des pasteis de nata me tend ses bras. Fais la queue ! Commande ! Ouvre le sachet ! Goûte ! Miam Miam… Miam Miam ? MIAM MIAM ?! Alors oui, La pâte est feuilletée et croustillante. Et ? Le flan à un vague goût d'œuf et de lait. L'ensemble est quelconque et la cannelle n'arrange rien.

Déception !
Vol !
Arnaque !

Je te le dis comme je le pense et comme je continuerai à le dire jusqu'à la fin des temps pâtissiers : les pasteis de nata sont TERRRRRRRRRRRRRIBLEMENT surcotés ! Et j’aurais dû m’en douter. Pourquoi ? Attends, je vais t’expliquer ça :

Le pastel de nata, c’est :
  • une sorte de flan, dessert qui, s’il n’a eu ni les faveurs de Pierre Hermé ni celle de Cyril Lignac pour être élevé au rang d’icône pâtissière, est donc une préparation anodine qui mérite à peine que les boulangers s’y intéressent
  • un genre de pâte feuilletée qui, pour le coup, est nimbée de la noblesse de la grande tradition pâtissière française sans que, pour autant, il faille en attendre des miracles si elle est mal utilisée
  • de la cannelle, épice servant de cache-misère à l’insipide flan et qui est utilisée à qui mieux mieux par les Suédois qui sont à la pâtisserie ce que les gens qui coupent leur spaghetti trop cuits sont à la cuisine italienne. D’ailleurs, tu auras remarqué que, sauf très rares exceptions, la pâtisserie française se garde bien de venir employer ce bâton écœurant, lui préférant largement dans sa grande sagesse la noble gousse de vanille.

Voilà. J’ai déconstruit le mythe fade du pastel de nata, prenant mes responsabilités gastronomiques plutôt que de laisser mes papilles en otage. Pour le reste, je me suis régalé de poulpe grillé alors l’honneur portugais est sauf.









mardi 7 février 2017

Le dîner

Lorsque, vendredi, le sujet de la Saint Valentin s’est immiscé dans notre conversation, nous étions, l'un comme l'autre, d'accord pour dire combien cette fête est ridicule et la chance que nous avions d'y échapper grâce à notre célibat.

Et je l'ai pourtant invitée à passer la soirée de mardi avec moi. Et elle a immédiatement accepté, me disant que ça lui ferait plaisir de ne pas être seule ce soir-là.

Des semaines qu’on se dragouillait au bureau et, enfin, nous allions passer à l’étape suivante !

À son arrivée, c’est à sa bouche qu’elle m’a fait goûter, avant de tremper ses lèvres dans la flûte de champagne que je lui tendais. Du Ruinart – il a mes faveurs. Sa tenue aussi les recueillait, mettant en valeur sa silhouette tout aussi fraîche et pétillante que le champagne.

Je lui ai proposé de m'aider à préparer le dîner, ce qu'elle a accepté avec plaisir – j’aime ce rapport charnel à la nourriture et j'étais ravi qu'elle aussi.

Quelques noix de saint-jacques simplement poêlées sur lesquelles elle a râpé du gingembre frais ont fait l’affaire pour l’entrée. La douceur salée de la chair délicate du coquillage m'en rappelait une autre et mon invitée l'avait compris en me présentant l’une de ses noix à la dégustation. La saveur poivrée et vive du gingembre était parfaite pour fouetter nos palais et la veste qu’elle a alors enlevée m’a révélé la sensualité de ses épaules nues.

Nous avons poursuivi avec un risotto aux asperges, crémeux et gourmand. À la vue des asperges, elle m'a dit sans détour que la forme de ces belles pièces lui en rappelait une autre, m’avouant son plaisir de mettre en bouche leur pointe verte et goûteuse. La dégustation s’est faite presque silencieuse, nous dévorant des yeux en même temps que nos bouches ont joué de leur charme équivoque. En se levant pour m’aider à débarrasser, elle a fait glisser sa jupe, me faisant découvrir la soie de ses dessous.

En dessert, le gâteau cœur coulant au chocolat s'imposait. Et c’est sur mes genoux qu’elle s'est installée pour le déguster. Et lorsque du chocolat a coulé à la naissance de ses lèvres, je l'ai essuyé avec mon index qu'elle a sucé, entortillant autour sa langue qu'elle avait douce et que bien vite j'ai gourmandé à mon tour. 

Si nous avons fait l'amour après ? C'est présomptueux, nous n'étions pas encore des valentins. En revanche, nous avons baisé, oui, avec vigueur, nous donnant l'un à l'autre jusqu'au bout de nos sens.





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Il y a deux ans, j'avais déjà écrit sur la Saint Valentin en donnant à cette fête un côté tellement désabusé que je me rattrape cette année. Mais qui sait si ce couple gourmand ne sera pas celui qui dont je parlais alors, usé après bien des années de vie à deux...


Pour être complet sur le sujet, j'ai écrit ce texte par défi, souhaitant voir si j'en étais capable, ceci afin de participer à un concours lancé par idée du désir.









lundi 30 janvier 2017

SEULS AU MONDE



Ils sont neuf (deux femmes et sept hommes). Ils sont neuf alors qu’ils devraient être dix. Ils sont neuf, seuls, isolés, perdus. Ils sont neuf à s’être réveillés dans la jungle noire, sans aucun repère, sans vivres, sans aucun matériel de survie ni aucune notion. Ils sont neuf dans une jungle sombre, presque inextricable, où l’idée-même de progression relève du miracle.

S’ils veulent sortir de là, ils vont devoir s’allier, se faire confiance, s’entraider. Et, surtout, suivre leur guide : Mike Horn.

Leur seul espoir de sortir de cette jungle inconnue est, en effet, d’appliquer à la lettre les conseils du célèbre aventurier. Lui seul peut les aider. Lui seul détient le savoir nécessaire à leur survie. Lui seul est capable de survivre dans cet environnement éminemment hostile.

Pourtant, chacun des neufs naufragés est persuadé de pouvoir s’affranchir du groupe et même de Mike Horn. Chacun est persuadé d’être le meilleur dans son domaine. Aucun n’est disposé à écouter les autres.

Ils sont neuf à se quereller, à s’invectiver, à nouer de sournoises alliances au gré de leur progression. Ils sont neuf à vouloir sortir en premier de la jungle, noire, dense, terriblement inhospitalière.

Très vite, la blonde du groupe se retrouve en difficulté. Elle hait tout le monde et c’est réciproque. Elle se moque même de Mike Horn dont l’accent étranger lui est difficilement compréhensible et à qui elle ne cesse de répéter ses « vous devriez faire un effort pour vous intégrer enfin ! ». 

L’un des hommes tente d’évincer la femme blonde en disant que lui seul a le droit de s’en prendre ainsi aux étrangers, mais personne ne l’écoute et il passe son temps à se nourrir de ce ressentiment dans l’indifférence générale.

Le plus jeune du groupe, prompt à se mettre en marche, est d’un abord séduisant, mais s’avère être un arriviste, se mettant très vite dans la poche Mike Horn à qui il promet des billets de car gratuits – le vieil aventurier est sensible à ce genre d’attention, parfois fatigué de ses longues marches en milieu hostile.

Quatre d’entre eux (une femme et trois hommes) passent leur temps à se disputer le leadership de leur quatuor, chacun étant persuadé qu’il en est le représentant. Tous disent qu’il faut tourner à gauche, que c’est la seule issue possible. Mais aucun n’est d’accord sur la direction réelle de la gauche et celle que propose Mike Horn leur paraît être la droite.

Un homme, d’abord heureux d’être dans la jungle « œuvre de la Nature et mère de l’Homme » commence par refuser de couper le moindre arbre noir, prétextant que le groupe doit laisser le milieu naturel intact. Incapable de progresser et moqué de tous, il finit par demander à Mike Horn une "FILLEDEJOIE DE TRONÇONNEUSE !", ce dont l’aventurier ne dispose pas. Sa voix, alors, s’éteint.

Enfin, il y a un vieil homme bizarre qui répète à l’envi que cette jungle est sûrement de type martien et que lui seul peut y guider le groupe. Il refuse d’écouter Mike Horn, "voix trompeuse du capitalisme mondial"…

Malgré toutes les difficultés que réserve la jungle épaisse et noire, le groupe des neuf et leur guide y progressent peu à peu et, à force d’efforts, ils atteignent une zone moins fournie dans laquelle les arbres sont moins épais, plus petits, mais restent toujours aussi noirs.

Reprenant un peu espoir, ils jettent leurs dernières forces vers ce qui semble être la lisière de la jungle. Ils se pensent sauvés quand, tout à coup, ils sont balayés par une chose extraordinairement violente et sont précipités dans le vide qui les avale…



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Ce saut dans le vide avait réveillé François en sursaut. « Quel drôle de rêve... » se dit-il tandis qu’une démangeaison au niveau de son sourcil droit accaparait déjà son attention. Il entreprit aussitôt de se le gratter avec vigueur, ce qui lui procura immédiatement un soulagement de ce côté-là.

Il ne vit même pas que son geste venait de faire tomber dix minuscules créatures dont les cris inaudibles de désespoir accompagnèrent la chute mortelle…

François était déjà rattrapé par ses soucis. Et il ressentait encore le cuisant fouet de l’ironie du sort qui lui avait fait emprunter un "car Macron" afin de quitter le plus discrètement possible le pays. Il espérait qu’il ne serait pas victime, comme Louis XVI à Varennes, d’une sortie de route qui le ramènerait devant les juges et leurs questions au sujet de Pénélope, de ses enfants et de tout le reste…